dimanche 19 février 2017

La petite fille et le Russe

  • - Tu t'es regardée? - C'est dégoûtant d'espionner les gens t'as qu'à te remarier ou aller aux putes. - Ça suffit Marianne merde, c'est chez toi oui ou non ?” Marianne prend son souffle et lâche tout d'une traite «Avant c'était chez moi maintenant on a déménagé mais c'est pas une raison t'as pas le droit d'entrer fouiller partout avec tes pattes de porc pour piller dans le frigo et si on avait su que tu devais habiter là on se serait tiré encore plus vite - C'est le concierge qui... - Parfaitement que c'est le concierge - Et pourquoi tu ne vas pas l'engueuler lui ? - Parce qu'il est pas tout le temps à me chercher.Tu ne m'as pas encore tripotée mais c'est dans tes yeux. » Boris Sobrov demande pourquoi le concierge éprouve le besoin de raconter tout ce qu'il fait;
  • Marianne répond que sans ça il ne serait pas concierge, elle ajoute encore qu'elle préfère s'amuser avec Grossmann que de rester à faire des maths avec un vieux grognon - "chez toi il n'arrive jamais rien ». Puis ça s'arrête, la petite fille aux cheveux noirs revient le lendemain avec les provisions. Boris s'est arrogé le droit de contrôle sur tous les résultats scolaires de Marianne ; il consulte le carnet de notes, il joue au père, l'exaspération croît de part et d'autre. Boris lui dit qu'elle a les mêmes yeux noirs que sa fille à lui, qu'il n'a pas revue depuis longtemps. « Elle faisait les mêmes fautes que toi. - Elle est dans ma classe.” Boris est bouleversé. Il demande doucement, comme on tâte l'eau, la manière dont elle se coiffe, si elle travaille bien. Si elle parle de lui...Marianne se rebiffe. « Elle est dans une autre section, ta fille, on se voit aux récrés, ce n'est pas ma meilleure copine, ma copine c'est...
  • - Je m'en fous - attends, attends ! - comment elle s'appelle ta meilleure amie ? - Ah tout de même! Carole.” Boris demande si Carole travaille bien, si Marianne et elle ne se sont pas disputées, si elles ne pourraient pas venir travailler ensemble... « Je ne l'amènerai jamais ici ; tu nous forcerais à faire des choses.” Boris pousse un soupir d'exaspération.
  • Il la laisse en plan, passe à la cuisine pour bouffer du fromage blanc, à même les doigts. Il est bien question de leçon de maths. Quand il revient Marianne de l'air de se payer une tête. Boris fouille dans une pile de dossiers, les dossiers s'effondrent, il les reclasse. Récapitulons. « Tu n'es pas mon père". Elle ne me l'a pas encore faite celle-là. « Tu n'es pas ma mère ». « Tu ne sais rien de moi" - ne pas raisonner. "Intuiter". J'ai divorcé depuis six mois. Cette fillette est déposée chez les concierges par une femme qui n'est pas sa mère. Marianne ressemble à sa fille qu'il n'a pas vue depuis six mois – putain de juge – une femme. Marianne connaît Carole Sobrov. Non seulement c'est sa meilleure amie, mais elles sont devenus demi-sœurs par remariage – sa femme s'est remariée avec le père de cette petite guenon de Marianne.
  • Il se cache le front dans la main. “J'ai très mal à la tête. - Je m'en vais, ciao

samedi 18 février 2017

Chef-d'oeuvre incohérenr

Ce lundi la Poste a muré son renfoncement : marre des mégots dans la boîte. Mais d'autres obsessions tourmentent Terence : ainsi, lorsqu'il descend de voiture et tire à soi le Caddie roulant décroché de sa chaîne, il craint d'être surpris dans cette peu glorieuse occupation. Magdalena répète « On se fout de te voir ou non » : Terence avance entre les rayons, se sert, perçoit des rires. Remonte les épaules, opère un savant détour.
...Pour les clopes, passer par l'arrière : ces derniers temps les buis ont bien poussé.

X
FIN DU SV N° 110
La maman de Magdalena s'appelle Rachel. C'est sa belle-mère à lui ; elle vit à Bordeaux rue Jonas, à 600km. Bourgeoise et bohème, cela veut dire en ce temps-là des fleurs, des foulards et les affiches de Mucha (1860-1939). Elle possède abondance de livres et de bibelots, mais pas d'homme (séparation de corps par consentement mutuel, depuis 10 ans) ; Rachel a conservé le couvre-lit de percale orange (100% coton) à motifs mauves : Mickey Mouse, dix-huit fois en quinconces. Magdalena lui rend visite rue Jonas.. En récompense sa mère offre une toque : “Tu la porteras cet hiver !
- Je ne veux pas d'affaires volées. - C'est plus fort que moi », dit Rachel. Magdalena observe que sa mère, à chaque visite, étale et trie des vêtements nouveaux sur son lit: “Maman a des goûts
de Cacatoès. - Tu ne comprends rien à l'Art." Dans une heure Magdalena reprendra le train, pour éviter 8 heures de volant. Rachel n'est pas le véritable prénom de sa mère, qui sollicite en vain les plus mythomanes et miteux imprésarios afin de remonter sur scène. Elle fait aussi dans la politique et distribue des tracts. Par bouffées enfin, elle fréquente une association catholique. On la reconnaît a son nez en tremplin de ski, ce qui donne lieu à d'inépuisables plaisanteries sur ses origines polonaises supposées. Souvent Rachel médite, dans une espèce d'éblouissement. Magdalena, fille aînée de Rachel, possède elle aussi une fille, deux ans : Chloé.
Terence, qui a de l'humour, observe que les initiales des trois prénoms, R., M., C, correspondent à Radio Monte-Carlo. Magdalena, licenciée en sociologie, observe pour sa part que sa mère, fille de tireuse de cartes, est devenue psy, tout de même, et prospère en toute légalité. Tous les dimanches à 10 h Magdalena téléphone à sa mère (tarif "éco-weekend") : “Je suis restée seule ! se plaint Rachel. "Ta sœur Viviane préfère emménager dans les trois pièces restées libres”. Une mère, une fille, une soeur de quinze ans chaudement recommandée par le Secours Catholique - « je ferai de son appartement un petit joyau.” Pour les vacances, Terence et Magdalena redescendent souvent chez Rachel à Bordeaux.
Je leur suis très reconnaissante confie Rachel à sa fille cadette Viviane, de leur assiduité. Chloé, sa petite-fille, pousse bien. A Pâques, recevant à Bordeaux (“Je suis grand-maman !”) Rachel glisse ses grands panards (41 1/2) sous les pieds de la petite et la fait marcher à l'envers, c'est rigolo; la grand-mère note dans son journal qu'elle atteint désormais la Grande Maturité : "je n'exclus pas, pour plus tard, un suicide philosophique". Rachel recopie avec soin la phrase d'Hégésias de Cyrène : "Le bonheur est absolument impossible, car le Sort empêche la réalisation de nos espoirs" - Allô maman ? Dix jours sans nouvelles! - ...C'est à toi de téléphoner, ma fille. - Tu trouves toujours un prétexte pour passer ton tour, ma mère".
Laquelle avoue : "Je me suis acheté un chien : "C'était ça, ou l'abattre. - Tu es allée au refuge? - Ses maîtres n'en veulent pl:us. Je l'ai détesté d'emblée. - Rends-le ! - Il aboie au moindre bruit. - Tu es complètement folle. - Tu n'as jamais pu supporter ta propre mère.” Rachel ajoute à brûle-pourpoint qu'elle a réussi sa vie ; qu'il n'y a pas eu la moindre lubie dans son existence ; qu'elle fut l'actrice la mieux payée des “Vignes du seigneur” ("Marie, l'invitée qui chante") en 80. - Je ne peux plus faire de politique, avec le chien. - Inscris-le au Parti ! - Tu exagères ! depuis que vous avez déménagé je n'ai plus le goût de voir personne. - Maman je connais ton discours par cœur... - Allô ? ... passe-moi Viviane, sa chambre est presque prête..." Magdalena passe le récepteur à sa petite soeur : “C'est toi Viviane ?... ici maman Rachel, vous m'entendez toutes les deux ? quand est-ce que tu reviens emménager ? Terence est avec vous ? ...Terence ! j'ai acheté un revolver. (Si c'est pour tuer le chien.) “Mais pas du tout, vous ne me manquez pas le moins du monde.” Terence s'agite sur son siège.
Dans l'écouteur éclatent des aboiements frénétiques. Terence : “Ne jouez pas ! - Je lève dit Rachel à l'autre bout du fil mon revolver, à la santé de - ...Mandrin ! silence quand je me flingue !" Magdalena aggrippe l'écouteur Maman tu arrêtes ton cirque ! Coup de feu, glapissements - elle a raté le clebs ricane Terence - d'un coup ils se regardent tout pâles, composent le 15 nous vérifions dans les 5mn ils sont informés du décès effectif par arme à feu de Rachel Bratsch le chien n'a rien Madame Elliott. "L'enterrement se fera sans moi dit Terence. Partez toutes les deux.
- Je ne te demande rien" – adieu, vacances en lieu sûr, petite location sur Oléron – Rachel morte fout tout en l'air - Tu ne peux pas laisser ta mère comme ça je vous accompagne en gare - Trois aller Bordeaux je vous prie" - la voisine gardera Chloé - Pas question dit Térence je me déciderai au dernier moment Le dernier moment c'est maintenant dit le guichetier. Terence reste à quai. Derrière la vitre Magdalena et sa cadette envoient des signes obscurs. Dès le retour en métro la morte s'installe contre la cuisse de Terence – qui ne l'entendra plus jacasser dans l'écouteur - combien peut-on tirer des trois étages à Bordeaux, Quartier Jardin Public ?

vendredi 10 février 2017

Avant-propos juteux

B E R N A R D

C O L L I G N O N

D U P É C H É D E C H A I R
P O U R U N E M E I L L E U R E A P P R O C H E
D E     D I E U

2028

PERSONNAGES

MAATZ Pascal, docteur, né le 23 août 1967, 36 ans. Exerce à (47) Moncap
Divorce prononcé aux torts du mari, lui-même.
Aide-manipulateur : Fat Kader Ben Zaf, patron de bar-expositions. Énorme et « jovial ».
Pascal a pour maîtresse Magda Bost, ancienne boulangère devenue prostituée rue H.. L'emmène avec lui à Châteauneuf-en-Bousse ; Magda connaît la buraliste locale, ancienne pute, comme elle. Participera, sans grande conviction, à un stage de sculpture au bord du Bassin d'Arcachon.


François dit Frank NAU, son demi-frère, FILS DE MEDECIN
Marchand de chaussures. Magasin à Vergt-du-Périgord. S'intéresse au tarot.
Aide-manipulateur d'Annelore Mertzmüller :
Père Duguay, espion à Châteauneuf-en-Bousse, surveille la strip-teaseuse Annelore Mertzmüller. Epie les femmes dans les couloirs obscurs de l'hôtel de Boutthes.
François dit Frank a pour maîtresse Annelore Mertzmüller – strip-teaseuse pieuse – qui connaît très bien Magda Bost. La strip-teaseuse est séquestrée à Châteauneuf-en-Bousse par le Père Duguay.

Les femmes doivent ignorer, au début, que leurs deux amants respectifs sont demi-frères.
Terra incognita
L'expression roman mort (« plus du tout de fiction, de l'information ! ») prête à rire depuis son apparition, début XIXe siècle. Voici
Du péché de chair POUR UNE MEILLEURE APPROCHE de Dieu.
Entreprise « qui n'eut jamais d'exemple » où nous avons ébauché ou dégrossi notre lot de marionnettes.

Il est deux façons de rejoindre Dieu. :
1° l'orgueil mathématique : quelques initiés ou mystes, en fins d'asymptotes, effleurent Dieu sait quelle image de Dieu
2° l'humilité de a) celui qui ne mange ni ne chie
b) celui qui admire en son miroir chaque partie de son corps créé, «  rendant grâce » à mesure, puis une fois pour le tout  : « Seule et unique prière ! » - ce prêtre exagère. Tous les prêtres exagèrent.
Nous n'emprunterons ni cette voie, ni les autres.
En revanche :
- soit une strip-teaseuse  et deux hommes.
- Grand A Maatz, né juste après la dévaluation du franc malien ; son nom signifie, en germanique, « le nigaud », « le niais ». Son âge restera fixé à 36 ans, le vôtre. Il a votre taille. Lieu de naissance et signes particuliers : les vôtres. Nationalité  française. Études de médecine, externe 4 ans puis 3 ans d'internat. Thèse : « Soins primaires et Outils de veille », mention passable.
- Grand B : Nau.

mardi 7 février 2017

Smadja, Fais tourner


Salut tas de blaireaux de service. Fais tourner !, chez Julliard s'il vous plaît, représentait en 2001 et représente peut-être encore « le roman de référence sur le cannabis », en tout cas c'est écrit en quatrième de couverture. J'ai maudit ce bouquin parce que la drogue, même douce, est aux antipodes de mon petit fonctionnement. Lucie, petite amie du narrateur, est de même, ce qui est paradoxal vu son prénom (Lucy in the sky with diamonds, guimauve estampillée Beatles). L'auteur veut vivre de ses poèmes et de son chanvre (j'ai appris que c'était différent du kif). Et tout le monde phûme, p-h-u accent cire ton sexe. Smadja prend tout à la légère, supprime les sujets des verbes pour faire décontracté, va souvent à la ligne, compose des vers de mirliton, use d'une fantaisie juvénile vachement datée genre Dylan seventies, saute du coq à l'âne, présente des personnages que je ne suis parvenu à identifier, à caractériser, que bien après avoir lu la quatrième de couve, vu mon cerveau lent et réfractaire.
À présent j'ai compris que Lucile est la copine, avec laquelle on partage la pine, que Ben est gros avec de toutes petites jambes (« quand il veut se faire un ourlet à son pantalon, il le plie en deux », c'est de l'auteur, ici, rires enregistrés), que Solly est grand et déguingandé comme disent les assassins de la langue française, qu'Arnaud est le frère de l'auteur («  y pas plus con qu'Arnaud », rires). J'oubliais la sœur du narrateur, qui fume, et Arnaud, frère de la sœur et donc frère du frère, qui prétend ne pas fumer. Tout ce petit monde fumeux provoqua l'inévitable embrouillamini des identités, car l'auteur présente tout ça en vrac, avec esprit (rires) et dans un état second, parmi les jeux de mots et les ricanements, hi-hi ha-ha.
Le dealer, c'est Max, évidemment, avec son prénom de salaud de service. Un jour on tue Max, par maxident j'espère, et on le mure dans une armoire après avoir acheté la maison où loge tout ce petit monde nuageux, car la petite vieille propriétaire n'y voit aucun inconvénient, pas très clairvoyante ou alors c'est bien imité. De locataires, les fumailleurs deviennent propriétaires : futé, non ? Ainsi, jamais les policiers ne remonteront jusqu'au cadavre enveloppé dans du papier poubelle et je ne sais quelles bandes de kraft. Et douze ans plus tard, Smadja, ou le narrateur, ayant stoppé le shit, s'étant marié ou collé avec sa Lucie au point de lui fabriquer deux enfants, se sent pris d'une irrépressible et morale envie de tirer la situation au clair : ce cadavre, là, chez lui, derrière sa muraille de parpaings, il veut le révéler au grand jour en s'achetant une belle pioche de démolisseur.
Puis il se dénoncera, mais récupérera de l'excellente came qu'il aura perdue derrière le mur. Je m'en fous à un point astronomique, hypogée de ma carrière de sous-commentateur. FIN. Edgar Smadja, Fais tourner ! - roman creux chez Julliard, voici du texte, aussi dense que du Christine Angot : pages 24 et suivantes, ça se lit en pensant à autre chose, un gramme de shit dans les hémisphères cérébraux si cet adjectif n'est pas excessif. Nous ne mentionnerons pas les innombrables alinéas, pour faire poésie de la vape.
« Manières de fumer ?

Dans le temps, oui.
Avec les deux mains
Aspiraient avec leurs deux pouces réunis
Le pétard bien au fond entre le majeur et l'index.
Maintenant…

«  - Messieurs, je leur dis à tous, depuis que j'ai ce plan avec Max, il n'y a plus que moi qui achète.  Je ne suis pas Crésus. » Nous passerons aussi les lignes blanches intermédiaires, pour faire bien relax genre Doc Gynéco. « J'exige une cotisation.

« Rencontré Fabrice rue des Canettes.
«  Passé l'après-midi chez lui.
Un mec que j'adore.
Fou d'échecs ». A la ligne à chaque petite phrase tout de même. Quelle poésie. Quelle décontraction. Quelle sympathie pour ce jeune homme si intelligent, pas si ravagé après tout.
«  Il porte une queue de cheval, a fait la route, dort sur un futon, ne mange même pas un œuf, ne fume jamais de clopes
Que de l'herbe.
Quand il en a.
Autrement se rabat sur du shit.
Correct.
Mais ne vaut pas le mien. »
Le futon est une literie venue de l'Inde, puis, par la Chine, au Japon. Un matelas tout mince avec un oreiller en haricots. Suit une magnifique discussion.
« Herbe ou shit ?
Les deux ont leurs adeptes.

samedi 4 février 2017

Le balai dans le cul des chimpanzés

IM ARSCH DER BESEN, UND WIRD UMGEDREHT
Cette expression fleurie pourrait se traduire « dans le cul la balayette, et on la tourne ». Il serait sans doute plus exact de dire in den Arsch, impliquant le mouvement pénétrant de la dite balayette, qui est d'ailleurs un balai entier. Vérification faite, l'allemand parlerait de « brosse » : die Bürste in den Arsch. Nous avons réinventé un allemand de cuisine, savoureux à la fois et ridicule, que les Germains comprendraient , mais en s'esclaffant (ou en tordant le nez). Nous l'employons pour indiquer à quel point tel individu prétentieux s'est fait posséder. J'avais jadis traduit la première page de mon œuvre Omma, en vente dans mon tiroir au fond à gauche, en allemand. L'Autrichienne à qui je la présentai éclata de rire aux premières lignes. Tout était compréhensible, mais d'une incorrection sauvage : „Tout le monde sur le pont“ ne se disait pas „...auf die Brücke“, ce qui implique une rivière, mais „jeder an Deck !“ - la „couverture“ d'un navire. Et ainsi de suite. Dans le même registre, „dans le cul les Russes“ (typiquement polonais, car les Polonais comprennent le russe, mais non pas le contraire“, fut accueillli par le sieur Mrozko par un grand rire communicatif. Non pas „v'doupou rousskïé“, mais „Rosjanié w dupié !“ - w dupu serait mieux, à l'accusatif, s'il est toutefois directionnel en polonais. Le rêve serait de pouvoir dire „dans le cul“ en toutes langues.
Afin que ma vie se perde dans le sable comme le Houang-Ho, il serait bon que je reprenne absolument tout ce que j'ai pu écrire, à la fois, par alternance. De même, que je m'exerçasse à toutes les langues à la fois, dont j'ai un aperçu dans Les langages de l'univers, collection „Bouquins“. Il me reste tant à faire. „Je n'aurai pas le temps“ chantait Micel Fugain en nonante-trois, une de ses rares bonnes chansons. Donc, empilons plus encore de choses à faire sur la margelle, afin de les précipiter au fond du trou sans en omettre aucune.

Et l'on entend dans les champs se masturber les éléphants
Légèreté du corps de garde, à chanter sur son lit de mort, „et l'on entend dans les prés s'enculer les chimpanzés“, je ris, je ris, „et l'on entend sous les ormeaux / piler la merde à coups de marteaux“ je n'en peux plus, j'étouffe, jusqu'à ce que j'apprenne qu'il s'agit d'une pure et simple enculation de pédés. Ah merde alors. Je ne me souviens plus que de sottises, seules merdes à jeter au muffle de la mort et de l'oubli. Mes cours, si instructifs, si formateurs, sont oubliés par mes petites circonvolutions cérébrales, et comme les potaches quand ils ont vieilli, je ne me souviens plus que des konneries. Toute ma vie professionnelle à faire le chef de bande avec des garçons et filles de 11 à 18 ans. J'ai bien eu ma revanche. Tous me rejetaient, et je faisais tout pour cela. Ensuite, à partir de 21 ans, ce fut moi, le chef. Quelle belle vie.

vendredi 3 février 2017

Le lit conjugal

52 06 22
Cependant je m'attarde dan la couche conjugale, seul réconfort parfois à ma plus grande honte. Je feuillette le journal qui traînait au sol dans la plus pure tradition du vaudeville. Un article contre l'extrême droite me met en joie, plus tard je m'en repentirai. « La France remonte la pente ». Je ne crois pas. Ce n'est pas en dressant des potences au sommet des côtes que l'on redresse un pays. Les bites des pendus, dit-on, se redressent. Mais qui voudrait l'essayer ? On repeint en jaune clair les bois de justice. Pas encore les vits pendants. Nous éprouvons la joie de vivre, même sans érection visible. Il en existe une interne en effet, qui fait bien nos affaires. À côté de moi, mon épouse allongée peut attendre.
Ce sont les sensations, vagues ou vives, d'un qui se réveille, échappant à la mort de son nom et de sa personne. Se marier n'est qu'un long renoncement. Une longue tyrannie d'autant plus forte qu'elle est imaginaire. Elle s'augmente de tous les fantasmes élaborés dans les cerveaux des trop penseurs. Arielle à côté de moi ne dit pas autrement. Nous soupirons, accablés de fatalité humoristique, en proie au lourd chagrin réciproque. Qu'il est dur de sortir de cage.

mardi 31 janvier 2017

Traité d'intolérance

Après Zemmour, Charb. On ne dira pas que je n'aime pas le risque. Pas le droit d'être médiocre. Tant pis, démerdez-vous. Le deuxième tome, chez Librio Idées, parut fin 2014, peu de temps avant sa mort. Il porte le titre des (et non "de Les", ignares) "Fatwas de Charb Petit traité d'intolérance Tome II". Fatwa formelle ou non, il est de fait qu'un magazine extrémiste publiait en 2013 un article appelant à tuer onze personnes, dont Charbonnier dit Charb. D'où le titre du second volume, pour faire pièce à la condamnation et braver l'assassinat. Mais le tome II prolonge le tome I, l'affaire des caricatures ayant déjà (en 2006) excité la verve dudit dessinateur et polémiste.
Les deux volumes sont minces et plaisants, avec des images signées Charb et des chapitres courts, ce qui n'empêche pas de stimuler vos cerveaux en même temps que vos zygomatiques. Approximativement la longueur d'une rubrique rigolote de Charlie-Hebdo. Tous les titres commencent par "Mort" et se terminent par un point d'exclamation, ce qui ressemble aux éructations scandées par les foules en délire que manipulent des salauds, de Londres à l'Afghanistan. Charb répond aux gueulantes des multitudes par des gueulantes individuelles, qu'il nous fait partager. Nous rions, même intérieurement, contre le caractère dérisoire de tels appels au crime : pourquoi ?
Il ne s'agit pas en effet de décapiter à la hache (elle figure sur les deux couvertures) les agaçants, par exemple "journalistes sportifs" ou ceux qui emploient sans cesse le mot "couilles" (ce qui donne "Mort aux couilles"). C'est absurde, personne ne va croire ça. Mais nous sommes parfois au comble de l'exaspération face au tics de langage recouvrant une ignorance crasse ou un degré de conscience équivalent à peu près à celui d'un australopithèque. Ce comique hérite de l' "esprit Desproges", qui lui aussi vouait les handicapés ou les étrangers aux pires insultes, Charb poussant jusqu'aux supplices les plus détaillés, plaisamment adaptés aux personnes exaspérantes : les lanceurs de ballons blancs devraient se faire exploser les intestins à force de les gonfler, les mauvais décorateurs verront ou ne verront pas leurs têtes "clouées aux murs pour égayer leur établissement". Brûlons, de même, les tongs en un vaste bûcher avec leurs propriétaires au milieu... De même Desproges parlait-il de coller au mur les inventeurs des emballages "Vache qui Rit" pour atteinte au moral de la Nation. Nous n'allons pas en faire une jaunisse. Ni ramener nos gueules de chaisières chlorotiques pour bêler qu'il est permis de rire de tout mais pas avec n'importe qui. C'est le sujet du premier article dans le premier titre : qui s'arrogera le droit de m'autoriser à rire ? je ris quand je veux, de ce que je veux, avec qui je veux. La moindre restriction devient une censure.

S'il ne faut plus rire des femmes, des juifs, des chauves, des profs, des Belges, des putes, des riches et des clochards, des curés, de Dieu ou du drapeau français, il ne faudra plus rire non plus des flics, des boiteux, des pédés ou du pape. C'est inepte. Le rire est nécessairement méchant, agressif, de mauvaise foi dans tous les sens du terme. On rit du gouvernement. On rit des fachos, on rit des cocos, on rit des socialos. C'est fatigant, tout le monde rit de tout, on ne croit plus en rien. Mais avant de parler d'indigestion, laissez-nous bouffer du rire. De temps en temps on s'arrête, mais de temps en temps on reprend, quitte à se foutre de notre propre gueule, ce qui ne veut pas dire que nous nosu prenions réellement pour des cons pourris. Humor verloren, alles verloren, "humour perdu, tout perdu"'.
Le second tome possède aussi un chapitre sur les islamistes et leurs menaces. Cela peut passer pour une prémonition involontaire, les deux termes s'excluant l'un l'autre, et familles de pleurer dans les chaumières. Mais tout est prémonitoire. Les chroniques de Charb rassemblées dans ces deux brochures ont un autre point commun : c'est de se terminer toutes, après la condamnation à mort et l"énoncé du supplice recommandé, par le mot Amen : sarcasme répétitif, impliquant le rejet de tout extrémisme religieux catholique, juif, musulman, liste ouverte ! Savoir que le bourdon de Notre-Dame sonnerait en sa mémoire l'aurait secoué d'un rire homérique, ainsi que tous les morts de son équipe ! Condamner les tartufes ne signifie pas mépriser les véritables croyants, ceux qui ne tuent personne !
Ce combat est de toutes les générations. "Il ne faut pas stigmatiser" concerne un autre problème. Charb n'arrête pas de stigmatiser : les petits actionnaires qui nous font payer les autoroutes, les fétichistes nationalistes - il règne un vrai pêle-mêle de bric-à-brac de foutoir, le sérieux côtoie le dérisoire, on peut être patriote sans virer FN, on peut condamner l'usage des drogues destructrices sans fusiller les fumeurs de joints, serrer les violeurs sans condamner l'acte d'amour, et ainsi de suite. Le truc des censeurs ou des emmerdeurs est de généraliser, de lancer leurs anathèmes (fatwa chrétienne), et de sortir les mitraillettes ou les poignards. Nous ne sommes pas les seuls à le dire, nous rabâchons, et le décourageant, c'est qu'il faut toujours tout reprendre pour les malcomprenants, que définit la deuxième syllabe du mot. La condamnation de l' "usager en colère" par exemple va loin, puisque les passagers du train en grève sont montrés en train de gueuler qu'ils sont pris en otages, alors qu'ils feraient mieux d'aller voir au LIban ce que c'est que d'être, véritablement, un otage en vrai, pas pour du beurre. Le journaleux pendant ce micro-trottoir ou ce micro-quai de gare omet soigneusement de préciser le pourqoi de la grève, et insinue que finalement il faudrait restreindre la grève des cjheminots, puis des fonctionnaires, puis tant qu'à faire des marchands de fromage.
En revanche, les "binoclards "tendance" " représentent juste un snobisme inoffensif, consistant à s'afficher avec des lunettes bidon, c'est moins grave. Sauf à considérer que nous achetons un grand nombre de gadgets inutiles pour alimenter la spirale infernale du capitalisme. Finalement, si nous analysons tout, le comique sans ses accessoires n'est plus qu'un moraliste râleur, qui aligne les lieux communs comme il respire; Il est donc indispensable de se fortifier par une gestuelle (Florence Foresti est une grande athlète sur scène), ses grimaces, sa prononciation, comme Dany Boom le Ch'ti berbère, son vocabulaire, voir Bigard, et tous les procédés possibles.
Car si l'on observe les sketches d'un Palmade ou d'un Elie Kakou, on s'aperçoit qu'il n'y a pas grand-chose de franchement rigolo à proprement parler. Par dessous, tout est con, inepte et convenu. Mais comme disait ma concierge (je stigmatise ! où çà, des concierges ?)
"Tu prends Brigitte Bardot" (au temps de sa splendeur), tu lui enlèves ses seins, sa bouche ses yeux et son cul, et qu'est-ce qui reste ? Ben rien..." N'arrachons pas aux comiques leurs oripeaux; Charb utilise les répétitions, l'outrance, le traitement des petites choses et des grandes sur le même plan, l'insulte ; il focalise sur de toutes petites choses, il ne généralise pas, il n'y a rien sur les travers des juifs ou des arabes, il plaint même les femmes qui portent des souliers trop petits avec des sparadraps pour couvrir les écorchures.