lundi 6 mars 2017

Voyages et religion

Ceux qui me disent que c'est pas le bout du monde Bordeaux-Clermont par St-Germain je les emmerde parce qu'ils ne sortent pas de leur trou franchement qu'est-ce que j'irais foutre à Sucre à Mexico à me chier la tourista sur les grolles Rapatriement Europe-Assistance vos gueules. Avant j'avais l'avenir derrière, pension des vieux et agagah parce qu'en ce temps-là y avait pas les progrès de la médecine la longévité tout ça c'était 65 70 et la mort porte en face au fond du couloir où qu'il est passé ce foutu couloir et j'encule tous les magazines et les campagnes de presse et les papy-mamies qui se traitent de jeune homme en se tapant sur l'épaule t'es bien conservé pour ton âge. Moi je me vois bien dans ma glace mon menton qui s'affaisse
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Chapitre un




LE LIVRE DES GRANDES FETES RELIGIEUSES


HISTOIRE D'UNE DOUBLE ETYMOLOGIE
Depuis l'Antiquité, la plaie reste ouverte : le mot « religio » (ancêtre de « religion » en langue française) vient-il de « religare », « relier » ? ou bien « relegere », « relire avec soin », “choisir” (“élection”) ? La controverse est d'importance : en effet, dans le premier cas, la religion serait ce lien sacré qui nous unit à la divinité d'une part, et entre nous, les humains, d'autre part ; nul doute que les religieux de toute confession ne préfèreraient cette interprétation, qui les parerait tous des plus lénifiantes vertus civilisatrices. Les chrétiens invoquent l'autorité de Lactance et de Tertullien, Pères de l'Eglise (il est question aussi de Lucrèce (-98 / -55) dans son  De natura rerum - or une relecture complète de cette œuvre ne m'a pas fourni la moindre trace d'une telle assertion ; Lucrèce affichait d'ailleurs un matérialisme notoire, et fut dit-on puni de son impiété par les dieux eux-mêmes, qui le rendirent fou...et le firent mourir jeune...)
Or, la seconde hypothèse, (“choisir soigneusement”), loin d'être exclue, a pour elle l'autorité d'un Cicéron (De natura deorum, II, 10) ; elle signifierait alors « moyen de contenter les dieux », « ensemble de pratiques et de rites », et pourquoi pas « moyens de nature magique visant à obtenir des faveurs du monde divin ». Aulu-Gelle emploie le mot religens, « qui respecte scrupuleusement le culte des dieux », dont le contraire est évidemment negligens, « qui les néglige ». Saint Augustin lui-même, tout évêque d'Hippone qu'il fut, ne recule pas devant cette hypothèse. Mais si dans l'ensemble les chrétiens ont préféré la première origine, les païens ne rougirent pas d'avoir recours à la seconde. Et rien jusqu'ici ne permet de départager les tenants de l'une ou de l'autre étymologie. Nos ancêtres les Antiques ne possédaient pas la moindre notion de la science étymologique actuellement en usage.

jeudi 2 mars 2017

L"intrusif, repères

L'INTRUSIF R E P È R E S
Effacer à tout prix ce qui ne figure pas explicitement dans le §, même si c'est bien formulé ou justement anticipé.


R. 0 : Narration sans fard. Jusqu'au moment du texte épique avec voix d'ocarina. Elle me propose 100€ par mois.

R. 1 :
Désir d'intrusion, sans endosser pour autant la responsabilité d'un époux.

R. 2 : Je m'appelle Petit-Keller. « Ne rien dire à cet homme, qui vous met dans ses livres » - risibles figurines

R. 3 : Nous avons suspendu le temps. Les manuscrits mal bâtis sont repoussés par les éditeurs. Celui-ci en est un.
R. 4 : Apparition du personnage de Djanem Kohanim

R. 5 : Djanem est belle-sœur d'un PalestinIen, mais sa fille a Nils pour père. Lazarus, petit replet frisé. Fait campagne populiste pour la députation. Se sert de Nils, opposant factice. Présentation de Djanem, à regards baissés. N'importe qui l'aurait vu.

R. 6 : "Comme un tigre". La fausse controverse. "Je le sais". Absence de bourrelet d'anus. Lazarus tire peut-être encore les ficelles. Tu recouches avec lui à présent comme un chien qui retourne à sa vomissure.

R. 7 : Mon héroïne a plusieurs noms. "Ils" se sont parlé de moi. Je ne veux pas renouveler l'expérience de Mme Vedovi. Les danseuses du Crazy Horse qui se branlent à deux par chambres

R.8 : Tailleur sombre. « Tu rayonnais de tendresse » Rappel de la lecture de la fillette. Pygmalion est observé.

R. 9 : Le battant de la vigne vierge. Envoi du fragment d'un discours amoureux. Le pincement de cœur. Ronsard ou Corneille. 17 ans d'écart. « On n'aime point, Seigneur, si l'on ne veut aimer » Médaillon de Maurice. Les dents de lait dans un étui sur son
sein

R. 10 :
Nils prend un couteau dans le tiroir. Leçon sur les Mémoires d'Hadrien La tient sur lui: « Calme-toi. Tu vas y arriver. » Je le vois, il me verse l'orgeat sans trembler.
Ivrogne mais « gentil ». Tous les hommes prétextent la fragilité de leur femme. Ne veut plus infliger ça à Nils
Parlent de leur vie conjugale.

R. 11 : Le ventre a refusé l'amour. Torrents de mots d'amour. Chien qui se roule sur le dos. Lazare ne m'a jamais vu aussi attaché 

R. 12 :Aimer c'est en permanence doubler le cap Horn. Faiblesse et ambiguïté du désir féminin, qui ne trouve son apogée que dans la masturbation. Plutôt crever dans un fossé sur la route de Jérusalem.




R. 13 :
Le vétilleux Lazarus obtient Te-Anaa au téléphone. Mon immense rigolade. L'instant d'avant, il la déchirait, elle qui disait « C'est l'écriture ou moi » « Tu n'avais rien à lui promettre » "Tu as gâché qqch entre nous !" (???)Pour moi je tiens mes promesses, à condition qu'elles soient explicites. Vacher « Je me suis choisi mon propre caractère ! » Djanem est allée le voir, « pour se renseigner » ! « Le reste, tu ne l'auras jamais » … Je ne suis qu'une grosse lavette. Et c'est encore à l'accusé de trouver ses propres charges…

R. 14 : (Sa vie fut consacrée au "faire", et moi à "contempler mon nombril", ah le con ! Je n'ai pas assez cru en "l'Homme" ! « Tu n'as pas su vouloir suffisamment ! »

lundi 27 février 2017

Stagnantes

Un repas, et c'en est fini de la raison. Une digestion. Un somnolent dimanche de janvier. Le cerveau n'est plus qu'une masse croupissante et molle. J'envie en vérité le baron de Saint-Pastoux. Oui, je me souviens encore de cet homme-là. Seul, noble et fier, embousé de vignes et de meutes. Ses mains de vigneron noircies par le gel et les intempéries.
Moi : impuissant devant les barres de fer qui retombent en cage autour de moi. J'entends dans l'escalier : "On va promener Thérèse" - lève-toi, enfant, aube sulfureuse, aube crépusculaire de la vie... Vois-tu, il faudrait, accoudé sur un nuage, contempler, agitée sous soi, la troupe estimable des hommes, jetant par intervalles vers le ciel des yeux humides d'allégresse et de reconnaissance, mon beau Peuple... L'univers peuplé de mes semblables. Je ne pourrai jamais admettre les autres.
Les Extérieurs. Vous savez, "vous".
Je deviendrais Adulte.

C'est-à-dire petit, humble, terrorisé ! Zola, Zola lui-même, se relevait la nuit en bonnet et chemise. Sa femme le trouvait pieds nus sur le pavé :
- Que fais-tu là ?
- J'ai peur de la mort.
Quelle œuvre alors faut-il offrir à l'humanité ? Combien en a-t-elle englouti, en est-elle plus avancée... Je dois former l'humanité à mon image. On sait ce qu'il en est advenu de Dieu qui n'a pas su tenir compte qu'il n'était pas seul au monde. L'homme est bon, voilà ce qu'il a envie d'entendre ? Incompréhensible, sournois, un morceau de mémoire ? c'est-à-dire bien peu.
Toi, l'ermite, ce n'est pas fatigant d'avoir toujours raison ? quelle honte d'avoir trouvé sa voie, de se nourrir de figues et de riz dans son écuelle ! Demain matin, je dépends d'une voiture étrangère pour me rendre à mon travail.
Cette voiture a un conducteur.
Ce conducteur, il faut lui parler.
Eh bien, Nietzsche, que ferais-tu ?
Toi le critique je t'emmerde.
Tu dissimulerais, dis-tu ? Tu te dédoublerais ? un moi à la Montherlant par exemple, un moi que le moindre coup d'épée, que le moindre fait vrai tronçonne ? ce serait donc ça, la vérité ? ou bien - suivre le Moi Génial, et pour peu qu'on exagère - on a très vite exagéré, avec ces gens-là - la prison, le Coupe-Cou ? allons nienietzsche, tu divagues : les autres existent.
Il n'y a pas d'essence.
En mon âme Sartre et Nietzsche se livrent un combat sans merci. D'où vient ce manque viscéral qui m'étreint les jours de vide ? quand ma langue se colle, quand face à mes Disciples rien ne sort de ma bouche, que des conventions. Dieu, quel besoin d'être écouté ! Monsieur à quoi sert-il de vous répondre puisqu'on sait bien que vous vous en foutez ?
Les voilà qui chantent, les voilà qui se taisent aussi, qui se replient sur soi-même.
Plus loin encore : voici que mes égaux, ceux qu'après m'être débarrassé de tous les autres je tolère dans min intimité - les Mahler, les Sibelius, les Proust - voici qu'il m'abandonnent, vos quoque ! Bruckner l'ange se heurte aux voûtes du ciel, heurte son Hammerschlag aux murs de son destin, Mahler plante son pic de plus en plus haut sur les cimes escarpées !
...Tandis que je m'essouffle à le suivre.
Même toi, Nietzsche.
Même toi je ne puis te suivre.


X

A moins que par grâce tu ne te sois contredit. Tu ne nous aies tendu la main. Franchisseur de monts. Dans l'amour seul tu rejoins les embraseurs de haine. Radeaux de Méduse. Mangez-vous les uns les autres. Navires qui se dérobent, fraternité. Chanter l'amour devant des murs bien hérissés de verre. Si l'on prêche l'amour tout en faisant la haine, pourquoi ne pas prêcher la haine etc. Combien Sade en a-t-il converti ? À la douceur : 0,5% ; au sadisme 0,75. N'ayant pas lu Sade : 98. Intéresser quelques personnes pour vingt ans, ou trente : j'accepte le marché. Pour cela parler de l'homme : amour et guerre, gloire et beau, les membres et la bouche – inévitable. Soit. Porte-voix du siècle ?
JAMAIS. « On ne t'a pas attendu pour... » - certains, si, m'attendent. M'attendent moi. Mes trésors mes décharges. Pas la moindre action. Des obstinations de monastère. Ce soir Complies. BIENFAISANTE CLÔTURE. Que d'autres s'efforcent au niveau supérieur. Bah-houts. Au dehors. Plus de contraducteurs que les grains de sable du rivage. Sables mouvants effondrés dans la mer. Déjà le corps... les humeurs de ce corps comme des marées... flux et reflux de toute foi... car si tu croyait réellement au Nihil, au Rien, tu te tuerais, ou tu massacrerais. Les gens sincères ont du sang jusqu'aux coudes. Tu es vierge. Magda Goebbels tue ses six enfants et se fait justice. Se fait justice. Non pas démence mais lucidité. Nos ennemis ne sont pas si nombreux.
Est-ce là ton action ? Page écrite à trente ans comme à seize.

dimanche 26 février 2017

Garnier, "Les Juives"



Beaucoup de personnes s'appellent Garnier. Il ne s'agit pas ici de l'architecte, ni de l'explorateur qui remonta le Mékong en bateau pour nous conquérir pacifiquement le Laos, ni du grand éditeur de classiques. Nous parlerons de Robert Garnier, auteur du XVIe siècle, considéré comme l"ancêtre de Corneille. Il écrivit des poésies diverses, et deux tragédies : Les Juifves et Bradamante. Les oeuvres complètes s'arrêtent là. Les Juifves traitent de la captivité d'icelles après la prise du premier temple de Jérusalem par Nabuchodonosor, et l'auteur cite ses sources : la Bible, dans les Rois, les Chroniques et Jérémie, sans oublier le profane Flavius Josèphe dans ses Antiquités.
Bradamante se passe parmi les preux de Charlemagne, qui intervient dans l'intrigue. Bradamante aime Roger, vaillant compagnon d'Olivier. Mais c'est Léon, le Lion en grec, qui voudrait l'épouser. Or, Bradamante, fière guerrière, ne veut se marier qu'avec un homme qui l'aura vaincue au combat, de son cheval et de son épée. Re-or, il se trouve que Roger, Ruggiero en italien, tombe prisonnier. Léon le délivre et le sauve ! Donnant-donnant : je t'ai sauvé la vie, tu me cèdes tes droits sur Bradamante. Et comme en plus d'être un brave mec je suis un lâche magouilleur, c'est toi qui vas combattre, mais sous mon armure : personne ne te reconnaitra.
Pendant le combat, la guerrière tape de toutes ses forces, car elle aime Roger, et ne veut pas coucher sous un Grec. Mais Roger pare les coups, pour ne pas blesser sa bien-aimée. La fille est outrée, quoi, on fait semblant de ne pas se battre au maximum sous prétexte que je suis une femme, et pour finir, elle se fatigue de tant de coups d'épée trop souvent donnés dans le vide, et elle se fait acculer, épuisée, dans un coin de l'arène avec une apostrophe. Donc, on la livre à Léon, qui n'était même pas là. Cette passionnante histoire, dont je vous épargne les péripéties politiques et guerrières, est tirée de l'Arioste, Orlando furioso, Roland furieux, vaste épopée médiévale.
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Les Italiens au XVIe siècle et leur littérature, en latin ou en italien, jouissaient d'une renommée prestigieuse, car ils se rattachaient directement à l'Antiquité, tandis que La Gaule, puis la France, avaient perdu le contact avec Rome après la formation des royaumes germaniques. Il m'est impossibe de faire des comparaisons, n'étant pas non plus fervent lecteur de la Bible. J'ai trouvé beaucoup de vigueur, des répétitions, des chevilles dans les alexandrins, de grosses naïvetés, mais une grande conscience professionnelle. L'enthousiasme y fut modéré, car je n'ai fini ce modeste volume qu'en 2014, alors qu'il traînait depuis 1964, l'année de Dadou ron-ron. Le lecteur doit se concentrer le plus possible, vu la construction bizarre des phrases et l'intrication de l'intrigue.
Il se fait chier comme un rat mort, Il déteste ses études littéraires. Le théatre est comme la danse : il ne fait pas partie de la littérature. En juger sans le voir, c'est s'arrêter à l'étiquette. Les lamentations de Roger après sa victoire nous assomment. Seul un véritable acteur nous suspendrait à ses lèvres, par le rythme, par la respiration, par la diction :

"Mourons tost, depeschons, ne tardons plus ici,
Allons voir des Enfers le Royaume noirci :
Je n'ay plus que du mal et des langueurs au monde,
Ce qu'il a de plaisir à douleur me redonde." - "abonde".
Adieu cuirace, armet, cuissots, grèves, brassars,
Adieu rudache, espee, outils sanglants de Mars,
Dont le Troyen Hector s'arma jadis en guerre :
Je ne vous verrai plus devalé sous la terre."
Une note précise que dans le texte originel de l'Arioste, Roger ne disait adieu qu'à son cheval, ce qui prouve, dit-elle, que Garnier se souciait de la mise en scène. Disons plutôt du jeu de scène. Difficile d'amener un cheval sur les planches en ce temps-là. Mais si l'on comprend que l'on puisse dire adieu à son cheval, être animé, sensible, un "adieu aux armes" au sens propre peut prêter à sourire, j'entends, à le lire. Car un excellent acteur doit pouvoir nous tirer des larmes rien qu'à lire les prospectus de supermarchés. L'armet est la plaque en relief, près de l'épaule, où le chevalier appuyait sa lance avant de charger. Les grèves sont les jambières, sur le tibia, ce que les Grecs et les Troyens appelaient cnémides.
Au passage, un rapprochement se fait entre Hector, le plus grands des vaincus, et Roger, qui a humilié sa belle. La rudache ou rondache : un petit bouclier rond. Roger songe au suicide, ayant conquis sa belle sous les armes d'un autre. Leur dernier usage n'a pas été particulièrement glorieux...
"Et vous, Maistresse, adieu, adieu, Maîtresse, hélas !"
Littérairement, c'est infect. La France produisait ses premières tragédies, certes, mais un tel vers de mirliton nécessite un comédien hors pair, sachant rendre le caractère haché des sanglots sans sombrer dans le ridicule.
"Pardonnez-moi ma coulpe (ma faute), et n'y repensez pas."
Nous avons oublié à quel point les hommes pouvaient ramper devant les femmes au moindre écart de leur conduite à eux. Il est vrai que cette astuce baroque de combattre sous l'armure de son rival engage toute la destinée de Bradamante : le sort d'une femme était fixé dès le mariage, où l'homme reprenait tout l'empire qu'il avait fait semblant de perdre.

dimanche 19 février 2017

La petite fille et le Russe

  • - Tu t'es regardée? - C'est dégoûtant d'espionner les gens t'as qu'à te remarier ou aller aux putes. - Ça suffit Marianne merde, c'est chez toi oui ou non ?” Marianne prend son souffle et lâche tout d'une traite «Avant c'était chez moi maintenant on a déménagé mais c'est pas une raison t'as pas le droit d'entrer fouiller partout avec tes pattes de porc pour piller dans le frigo et si on avait su que tu devais habiter là on se serait tiré encore plus vite - C'est le concierge qui... - Parfaitement que c'est le concierge - Et pourquoi tu ne vas pas l'engueuler lui ? - Parce qu'il est pas tout le temps à me chercher.Tu ne m'as pas encore tripotée mais c'est dans tes yeux. » Boris Sobrov demande pourquoi le concierge éprouve le besoin de raconter tout ce qu'il fait;
  • Marianne répond que sans ça il ne serait pas concierge, elle ajoute encore qu'elle préfère s'amuser avec Grossmann que de rester à faire des maths avec un vieux grognon - "chez toi il n'arrive jamais rien ». Puis ça s'arrête, la petite fille aux cheveux noirs revient le lendemain avec les provisions. Boris s'est arrogé le droit de contrôle sur tous les résultats scolaires de Marianne ; il consulte le carnet de notes, il joue au père, l'exaspération croît de part et d'autre. Boris lui dit qu'elle a les mêmes yeux noirs que sa fille à lui, qu'il n'a pas revue depuis longtemps. « Elle faisait les mêmes fautes que toi. - Elle est dans ma classe.” Boris est bouleversé. Il demande doucement, comme on tâte l'eau, la manière dont elle se coiffe, si elle travaille bien. Si elle parle de lui...Marianne se rebiffe. « Elle est dans une autre section, ta fille, on se voit aux récrés, ce n'est pas ma meilleure copine, ma copine c'est...
  • - Je m'en fous - attends, attends ! - comment elle s'appelle ta meilleure amie ? - Ah tout de même! Carole.” Boris demande si Carole travaille bien, si Marianne et elle ne se sont pas disputées, si elles ne pourraient pas venir travailler ensemble... « Je ne l'amènerai jamais ici ; tu nous forcerais à faire des choses.” Boris pousse un soupir d'exaspération.
  • Il la laisse en plan, passe à la cuisine pour bouffer du fromage blanc, à même les doigts. Il est bien question de leçon de maths. Quand il revient Marianne de l'air de se payer une tête. Boris fouille dans une pile de dossiers, les dossiers s'effondrent, il les reclasse. Récapitulons. « Tu n'es pas mon père". Elle ne me l'a pas encore faite celle-là. « Tu n'es pas ma mère ». « Tu ne sais rien de moi" - ne pas raisonner. "Intuiter". J'ai divorcé depuis six mois. Cette fillette est déposée chez les concierges par une femme qui n'est pas sa mère. Marianne ressemble à sa fille qu'il n'a pas vue depuis six mois – putain de juge – une femme. Marianne connaît Carole Sobrov. Non seulement c'est sa meilleure amie, mais elles sont devenus demi-sœurs par remariage – sa femme s'est remariée avec le père de cette petite guenon de Marianne.
  • Il se cache le front dans la main. “J'ai très mal à la tête. - Je m'en vais, ciao

samedi 18 février 2017

Chef-d'oeuvre incohérenr

Ce lundi la Poste a muré son renfoncement : marre des mégots dans la boîte. Mais d'autres obsessions tourmentent Terence : ainsi, lorsqu'il descend de voiture et tire à soi le Caddie roulant décroché de sa chaîne, il craint d'être surpris dans cette peu glorieuse occupation. Magdalena répète « On se fout de te voir ou non » : Terence avance entre les rayons, se sert, perçoit des rires. Remonte les épaules, opère un savant détour.
...Pour les clopes, passer par l'arrière : ces derniers temps les buis ont bien poussé.

X
FIN DU SV N° 110
La maman de Magdalena s'appelle Rachel. C'est sa belle-mère à lui ; elle vit à Bordeaux rue Jonas, à 600km. Bourgeoise et bohème, cela veut dire en ce temps-là des fleurs, des foulards et les affiches de Mucha (1860-1939). Elle possède abondance de livres et de bibelots, mais pas d'homme (séparation de corps par consentement mutuel, depuis 10 ans) ; Rachel a conservé le couvre-lit de percale orange (100% coton) à motifs mauves : Mickey Mouse, dix-huit fois en quinconces. Magdalena lui rend visite rue Jonas.. En récompense sa mère offre une toque : “Tu la porteras cet hiver !
- Je ne veux pas d'affaires volées. - C'est plus fort que moi », dit Rachel. Magdalena observe que sa mère, à chaque visite, étale et trie des vêtements nouveaux sur son lit: “Maman a des goûts
de Cacatoès. - Tu ne comprends rien à l'Art." Dans une heure Magdalena reprendra le train, pour éviter 8 heures de volant. Rachel n'est pas le véritable prénom de sa mère, qui sollicite en vain les plus mythomanes et miteux imprésarios afin de remonter sur scène. Elle fait aussi dans la politique et distribue des tracts. Par bouffées enfin, elle fréquente une association catholique. On la reconnaît a son nez en tremplin de ski, ce qui donne lieu à d'inépuisables plaisanteries sur ses origines polonaises supposées. Souvent Rachel médite, dans une espèce d'éblouissement. Magdalena, fille aînée de Rachel, possède elle aussi une fille, deux ans : Chloé.
Terence, qui a de l'humour, observe que les initiales des trois prénoms, R., M., C, correspondent à Radio Monte-Carlo. Magdalena, licenciée en sociologie, observe pour sa part que sa mère, fille de tireuse de cartes, est devenue psy, tout de même, et prospère en toute légalité. Tous les dimanches à 10 h Magdalena téléphone à sa mère (tarif "éco-weekend") : “Je suis restée seule ! se plaint Rachel. "Ta sœur Viviane préfère emménager dans les trois pièces restées libres”. Une mère, une fille, une soeur de quinze ans chaudement recommandée par le Secours Catholique - « je ferai de son appartement un petit joyau.” Pour les vacances, Terence et Magdalena redescendent souvent chez Rachel à Bordeaux.
Je leur suis très reconnaissante confie Rachel à sa fille cadette Viviane, de leur assiduité. Chloé, sa petite-fille, pousse bien. A Pâques, recevant à Bordeaux (“Je suis grand-maman !”) Rachel glisse ses grands panards (41 1/2) sous les pieds de la petite et la fait marcher à l'envers, c'est rigolo; la grand-mère note dans son journal qu'elle atteint désormais la Grande Maturité : "je n'exclus pas, pour plus tard, un suicide philosophique". Rachel recopie avec soin la phrase d'Hégésias de Cyrène : "Le bonheur est absolument impossible, car le Sort empêche la réalisation de nos espoirs" - Allô maman ? Dix jours sans nouvelles! - ...C'est à toi de téléphoner, ma fille. - Tu trouves toujours un prétexte pour passer ton tour, ma mère".
Laquelle avoue : "Je me suis acheté un chien : "C'était ça, ou l'abattre. - Tu es allée au refuge? - Ses maîtres n'en veulent pl:us. Je l'ai détesté d'emblée. - Rends-le ! - Il aboie au moindre bruit. - Tu es complètement folle. - Tu n'as jamais pu supporter ta propre mère.” Rachel ajoute à brûle-pourpoint qu'elle a réussi sa vie ; qu'il n'y a pas eu la moindre lubie dans son existence ; qu'elle fut l'actrice la mieux payée des “Vignes du seigneur” ("Marie, l'invitée qui chante") en 80. - Je ne peux plus faire de politique, avec le chien. - Inscris-le au Parti ! - Tu exagères ! depuis que vous avez déménagé je n'ai plus le goût de voir personne. - Maman je connais ton discours par cœur... - Allô ? ... passe-moi Viviane, sa chambre est presque prête..." Magdalena passe le récepteur à sa petite soeur : “C'est toi Viviane ?... ici maman Rachel, vous m'entendez toutes les deux ? quand est-ce que tu reviens emménager ? Terence est avec vous ? ...Terence ! j'ai acheté un revolver. (Si c'est pour tuer le chien.) “Mais pas du tout, vous ne me manquez pas le moins du monde.” Terence s'agite sur son siège.
Dans l'écouteur éclatent des aboiements frénétiques. Terence : “Ne jouez pas ! - Je lève dit Rachel à l'autre bout du fil mon revolver, à la santé de - ...Mandrin ! silence quand je me flingue !" Magdalena aggrippe l'écouteur Maman tu arrêtes ton cirque ! Coup de feu, glapissements - elle a raté le clebs ricane Terence - d'un coup ils se regardent tout pâles, composent le 15 nous vérifions dans les 5mn ils sont informés du décès effectif par arme à feu de Rachel Bratsch le chien n'a rien Madame Elliott. "L'enterrement se fera sans moi dit Terence. Partez toutes les deux.
- Je ne te demande rien" – adieu, vacances en lieu sûr, petite location sur Oléron – Rachel morte fout tout en l'air - Tu ne peux pas laisser ta mère comme ça je vous accompagne en gare - Trois aller Bordeaux je vous prie" - la voisine gardera Chloé - Pas question dit Térence je me déciderai au dernier moment Le dernier moment c'est maintenant dit le guichetier. Terence reste à quai. Derrière la vitre Magdalena et sa cadette envoient des signes obscurs. Dès le retour en métro la morte s'installe contre la cuisse de Terence – qui ne l'entendra plus jacasser dans l'écouteur - combien peut-on tirer des trois étages à Bordeaux, Quartier Jardin Public ?